Sélectionner une page

Le Figaro Histoire

HÉLIE DE SAINT MARC (2/3) – En choisissant le 19 mars comme journée de commémoration du conflit algérien, la loi adoptée le 8 novembre 2012 a fait l’impasse sur les violences et les crimes qui ont suivi le cessez-le-feu.

« On peut choisir n’importe quelle date sauf le 19 mars ! » avait prévenu François Mitterrand. En votant, le 8 novembre 2013, la proposition de loi socialiste d’inspiration communiste visant à faire du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu en Algérie, une « journée nationale du souvenir en mémoire des victimes du conflit », la majorité de gauche au Sénat a donc décidé de passer outre l’avertissement, prenant ainsi, délibérément, la responsabilité d’« un risque grave de division de la communauté nationale » selon les termes de l’Union nationale des combattants. (…)

Le 8 mars, un communiqué du chef de l’Etat appelle à l’ouverture de discussions « sans conditions préalables ». En bref, le cessez-le-feu n’en est pas un. Il sera l’objet de négociation comme un autre… De Gaulle vient d’en passer par la première des quatre volontés du FLN. (…)

« Le gouvernement s’en tient, pour ce qui le concerne, à l’esprit et aux termes de son communiqué du 15 mars. » Le FLN sera donc l’interlocuteur unique et le représentant exclusif du peuple algérien. Ce 6 avril 1961, De Gaulle vient d’en passer par la deuxième des quatre volontés du FLN. (…)

De Gaulle déclare, le 5 septembre, accepter la souveraineté du FLN sur le Sahara, dont il disait quelque temps plus tôt à Louis Joxe: « Le pétrole, c’est la France et uniquement la France! » Il vient d’en passer par la troisième des quatre volontés du FLN. (…)

Si le texte des accords d’Evian assure en principe aux Français d’Algérie « toutes libertés énoncées dans la Déclaration universelle des droits de l’homme », l’Elysée a renoncé à tout statut particulier pour nos nationaux et aucune clause ne concerne précisément les supplétifs. C’est la quatrième des exigences du FLN. (…)

Sur le terrain, le cessez-le-feu ne change rien à la poursuite de l’offensive menée de concert par le pouvoir gaulliste et le FLN contre « leur ennemi commun » selon l’expression de Krim Belkacem. (…)

Le 3 avril 1962, De Gaulle déclare qu’« il faut se débarrasser sans délai de ce magmas d’auxiliaires qui n’ont jamais servi à rien » et donne l’ordre de désarmer les harkis. Le 4 mai, il déclare que « l’intérêt de la France a cessé de se confondre avec celui des pieds-noirs. » Les uns et les autres font partie du « boulet » dont il avait avoué à Peyrefitte, le 20 octobre 1959, qu’il faudrait s’en « délester ». (…)

Aux massacres de harkis qui atteignent bientôt des proportions et une horreur inimaginables, s’ajoutent les enlèvements d’Européens : ils se multiplient brusquement pour atteindre le chiffre de 3000 dont 1630 disparus. « Pour la France, à part quelques enlèvements, les choses se passent à peu près convenablement », déclare De Gaulle le 18 juillet. (…)

En réalité la détermination présidentielle est sans faille et pour que les choses soient bien claires, de Gaulle insiste: « Napoléon disait qu’en amour, la seule victoire, c’est la fuite; en matière de décolonisation aussi, la seule victoire c’est de s’en aller. »

SOURCE : Le Figaro Histoire du 16 mars 2019